• CDI Rubrique-à-brac #4
    Jan 31 2026

    On démarre l’épisode du jour avec l’ondine, génie des eaux germaniques. D’aucuns veulent la rattacher aux nymphes, d’autres aux fées telle la nixe – les mots nixe et ondine sont souvent utilisés indifféremment. Mais mon étude du folklore me conduit à penser qu’il faut les séparer. Les ondines semblent des entités primitives, plus puissantes, capables d’assécher les sources si on les contrarie et gardant des trésors dans leurs grottes submergées, avec des caractéristiques reptiliennes, comme leur cousin archaïque le drac (alias la bigorne) qui habite les rivières de la Provence à l’Anjou et a été associé tardivement aux démons ou aux dragons. La célèbre Lorelei du Rhin a une attitude qui rappelle les ondines, mais une grande beauté qui colle davantage aux nixes.

    Autre magicienne qui semble distincte des nymphes, même si elle occupe une fonction similaire, l’askafroa scandinave – ou wili, dans les pays slaves – est la gardienne des bois, associée (d’après son nom) aux frênes. Les sources à son sujet sont rares, mais la tradition de faire une offrande aux bosquets de frênes une fois par an a perduré pendant très longtemps.


    Parmi les dernières bizarreries d’Océanie, citons des anges sauvages, protecteurs eux aussi des forêts : les hākuturi. Hommes-oiseaux au service du dieu Tani, ils sont impitoyables envers les braconniers ! Alors que les askrafroa semblent n’être que des femmes, eux ne comprennent que des mâles.

    En Indonésie, on mentionne d’autres créatures surhumaines qui aident les dieux à lutter contre les démons, bien qu’elles semblent être une espèce à part entière : les barongs. Ils oscillent entre une forme féminine, magicienne à l’aspect ordinaire, et une forme de combat masculine : un animal haut de cinq ou six mètres. Lions, sangliers, tigres, dragons… Il en existe même certains qui demeurent humains, sous forme d’un géant ! L’un d’eux joue un grand rôle dans le Destin de Salamandre.


    Au Proche et Moyen-Orient, la licorne a de la concurrence, en la personne du re’em. Cité uniquement dans la Bible, cet animal semble investi d’un puissant pouvoir lumineux. Selon les descriptions, il ressemble soit à un buffle – confusion avec les fossiles d’auroch ? – soit à une antilope, apparenté alors à l’oryx. Il peut avoir aussi deux cornes, ou bien une seule, peut-être par confusion avec le mythe grec des licornes.

    Autre antilope qui sort de l’ordinaire : l’éale. En plus de mesurer le gabarit d’un cheval, elle possède une queue d’éléphant et des défenses de sanglier pour déterrer les racines. Mais surtout, ses immenses cornes peuvent pivoter à loisir, pour mieux empaler les prédateurs inconscients qui l’attaquent ! Elle vivrait de l’Éthiopie à l’Inde, comme son ennemi naturel, la lucrote, qui apparaît deux fois dans mes ouvrages.

    Cette énorme hyène, capable de changer de couleur pour se camoufler et d’imiter les voix humaines afin de attirer les braves gens dans des traquenards, jouit de grandes mâchoires d’une puissance exceptionnelle et d’un système digestif ultrarapide. Ce qui veut dire qu’elle a tout le temps faim, ou peu s’en faut… On dit aussi qu’après sa mort, les yeux de la lucrote se changent en gemmes magiques, dont les pouvoirs sont encore inconnus.


    Merci d’écouter La Communauté des Invisibles ! Mon nom est Joffrey Lebourg, journaliste, podcasteur (je propose aussi une série sur les mythologies du monde, Le Cercle des Dieux Disparus) et romancier aux seize ouvrages en quatre sagas. Je vous invite à découvrir mes univers sur les sites www.les-sept-reliques.fr (pour les amateurs de quête épique cherchant d’un renouveau du genre) ou www.chroniquesdunouveaumonde.fr (odyssée culturelle autour de la Terre, à la rencontre de ses peuples oubliés).


    Intro : All the works of Nature which adorn the World – Vista, Nightwish

    Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    Show More Show Less
    4 mins
  • CDI Rubrique-à-brac #3
    Jan 24 2026

    Bienvenue dans le trentième épisode – déjà ! – de la Communauté des Invisibles. Poursuivons notre tour du monde des créatures étranges !


    Merci d’écouter La Communauté des Invisibles ! Mon nom est Joffrey Lebourg, journaliste, podcasteur (je propose aussi une série sur les mythologies du monde, Le Cercle des Dieux Disparus) et romancier aux seize ouvrages en quatre sagas.

    Je vous invite à découvrir mes univers sur les sites www.les-sept-reliques.fr (pour les amateurs de quête épique cherchant d’un renouveau du genre) ou www.chroniquesdunouveaumonde.fr (odyssée culturelle autour de la Terre, à la rencontre de ses peuples oubliés).


    La mandragore est une plante, réelle, dont le tubercule bosselé évoque vaguement une forme féminine. Elle a été l’objet de nombreuses rumeurs, assimilant sa naissance à la fécondation d’une terre sacrée par la semence humaine, lui attribuant d’immenses propriétés magiques, détaillant les précautions à suivre pour la déterrer sans déclencher un cri mortel… Elle incarne un fantasme, celui du pont entre humanité et végétation.

    Si vous aimez plutôt les mélanges terre-mer, vous adorerez le capricorne ! Avant d’être un signe zodiacal, c’est une constellation reconnue par les Mésopotamiens et associée au dieu des Eaux, puis les Égyptiens, puis les Grecs qui l’assimilent plutôt à l’agriculture. Tous affirment qu’il possède l’avant d’une chèvre et une queue de poisson en guise d’arrière-train, mais il est aussi présent en Inde avec un corps de crocodile, une tête caprine et une nageoire de triton. Paradoxalement, cet animal ne fait l’objet d’aucune légende majeure, la documentation à son sujet est presque inexistante !


    Créer la vie, surtout à partir de matière inerte, a toujours été un élément récurent des légendes – des centaines de peuples, autour du monde, évoquent une humanité sculptée dans l’argile – autant qu’un rêve de sorcier. Pour cela, il y a plusieurs écoles. Les alchimistes, en bidouillant leurs fioles, tentèrent de créer des serviteurs baptisés « homoncules ». Parfois ils restent sans corps, parfois ils en ont un, parodie d’humanité miniature, ou bien de taille standard : on lit tout et n’importe quoi sur ce sujet !

    La Torah juive évoque une entité de terre et de boue défendant les lieux saints ou protégeant le peuple des persécutions : le golem, animé soit par un mot sacré gravé dans son front, soit par un parchemin placé dans sa bouche. Dépourvu d’âme et d’esprit, il se borne à obéir. Désormais, cette créature est très répandue dans la fantasy et on croise des golems composés avec bien d’autres matières : le bois, la paille, la cire, la pierre, des morceaux de métal…

    Sous d’autres cieux, les chamans inuits façonnaient aussi leurs golems en mode Frankenstein. En effet, le tupilak est un assemblage de peaux tannées et de morceaux animaux naturalisés, gonflé comme une outre par la magie noire. Il est fabriqué pour garder un repaire ou traquer un ennemi ; s’il échoue dans cette tâche, cependant, il renoncera – trahissant une légère capacité de jugement, contrairement au golem – et retournera auprès de son créateur pour le dévorer.


    Après ces lubies européennes, filons aux antipodes. L’Australie n’étant pas assez dangereuse au goût de ses habitants, malgré les innombrables animaux toxiques de ses terres comme de ses mers, ils ont inventé d’autres créatures redoutables. Par exemple, la yowie : un lézard long de trois mètres, avec des pattes et des mandibules de fourmi !

    Le plus connu demeure bien sûr le bunyip, décrit comme un mélange de chien, d’ours et de loutre, et pourtant cousin supposé de l’ornithorynque, aux dimensions d’un hippopotame. En dépit de son allure bestiale, c’est un être très intelligent, superprédateur des lacs et des rivières. On le dit doué de magie, capable de contrôler les flots et même d’imiter la forme humaine, car c’est aussi un protecteur totémique des peuples aborigènes. Tous deux sont mentionnés dans La quête de Salamandre.



    Intro : All the works of Nature which adorn the World – Vista, Nightwish

    Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    Show More Show Less
    4 mins
  • CDI Rubrique-à-brac #2
    Jan 17 2026

    Pour cette deuxième « rubrique à brac », commençons par nos spécialités régionales ! Comme la Tarasque, que l’on trouve à Tarascon. Une carapace de tortue couverte de pointes, une tête de lion cornu et six pattes d’ours – eh, salut Bowser ! – forment ce monstre amphibie, féroce, rusé, au souffle empoisonné, virtuellement invincible ; le cauchemar de Tartarin !

    Dans les Landes, le bourg d’Hastingues est construit sur une colline bombée qui serait la coquille d’un gigantesque et affreux escargot, le Carcolh. On lui donne un corps poilu, des tentacules pour attirer ses victimes à sa gueule garnie de dents. Il se dit que, lorsque la ville devient trop peuplée et donc trop lourde pour lui, il proteste en déclenchant un tremblement de terre. Mais d’autres récits locaux disent simplement que le bestiau, haut quand même de trois ou quatre mètres, dort plutôt dans une grotte sous la colline, au lieu d’être la colline elle-même.


    La Perse est célèbre pour ses tapis et ses chats, mais aussi ses rhinocéros et ses taureaux ! Dans le premier cas, le karkadann, trois fois plus gros qu’un spécimen ordinaire, couvert de plaques renforcées, avec une corne démesurée dont la base est si large qu’elle recouvre tout l’espace entre sa lèvre et son front. Il broute en solitaire, ne craignant qu’un seul prédateur (le rokh), et peut tenir des jours entiers en ne mangeant que du cactus. Comme bien d’autres, on retrouve ces créatures dans mes Chroniques des Sang-Mêlé.

    Les mythes évoquent aussi le lammasu, alias shedu, bœuf ailé à visage royal, un cousin bienfaisant des sphynx. Protecteur des lieux saints, des lieux secrets et des lignées dirigeantes, il était déjà érigé en statues ou en bas-relief il y a plusieurs millénaires.

    Plus loin, en Inde, vous apercevrez peut-être des cygnes à buste de femme ou des hommes à jambes de cheval. Les kinnari et les kinnara, appariés dès la naissance en couple inséparables, n’ont de cesse de chanter et de danser leur amour. Vous pouvez en voir dans Le destin de Salamandre, nouveaux habitants de Katmandou.

    Potentiellement moins plaisantes, les dākini ont des têtes et des ailes d’oiseaux avec des pattes de lionnes, incarnation du ciel et du froid, vêtues seulement de colliers de crânes. Les dieux les envoient comme messagères, esprits psychopompes, modèles de sagesse, fléaux contre leurs ennemis… Ou bien plus rarement leurs mâles, les dāka.

    Le désert de Gobi abrite un très étrange annélide, long d’un mètre et épais comme la cuisse : le ver-intestin mongol, baptisé d’après sa couleur rouge sang le faisant ressembler à des tripes de vache, ou olgoï-khorkoï. Il se nourrit de petits animaux, qu’il attaque par en-dessous. Bien qu’il soit inoffensif pour l’Homme, le frottement de son corps contre le sol l’entoure d’un champ d’électricité statique redoutable.

    Arrivant en Sibérie, vous aurez la chance de goûter une tranche de barometz, l’agneau végétal de Tartarie. Une plante en forme de mouton, reliée à la terre par une tige souple, qui meurt quand on la coupe ou qu’elle n’a plus d’herbe à brouter. On lui prête une saveur de miel et de fruits de mer ; sa laine est un précieux isolant, hélas elle conserve toujours une odeur de sève amère qu’il est impossible de faire partir.



    Merci d’écouter La Communauté des Invisibles ! Mon nom est Joffrey Lebourg, journaliste, podcasteur (je propose aussi une série sur les mythologies du monde, Le Cercle des Dieux Disparus) et romancier aux seize ouvrages en quatre sagas.

    Je vous invite à découvrir mes univers sur les sites www.les-sept-reliques.fr (pour les amateurs de quête épique cherchant d’un renouveau du genre) ou www.chroniquesdunouveaumonde.fr (odyssée culturelle autour de la Terre, à la rencontre de ses peuples oubliés).


    Intro : All the works of Nature which adorn the World – Vista, Nightwish

    Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    Show More Show Less
    4 mins
  • CDI Rubrique-à-brac #1
    Jan 10 2026

    Aujourd’hui, nous n’aurons pas un épisode thématique mais plutôt, pour reprendre le trait d’esprit de Gotlib, une « rubrique-à-brac » où vont se succéder des créatures difficiles à ranger autrement !


    Merci d’écouter La Communauté des Invisibles ! Mon nom est Joffrey Lebourg, journaliste, podcasteur (je propose aussi une série sur les mythologies du monde, Le Cercle des Dieux Disparus) et romancier aux seize ouvrages en quatre sagas.

    Je vous invite à découvrir mes univers sur les sites www.les-sept-reliques.fr (pour les amateurs de quête épique cherchant d’un renouveau du genre) ou www.chroniquesdunouveaumonde.fr (odyssée culturelle autour de la Terre, à la rencontre de ses peuples oubliés).


    Le xochitonal est une sorte d’ange mésoaméricain. Un ange très particulier, comme tous les dieux et les créatures qui viennent de là-bas, puisqu’il ressemble à un alligator bipède. Son rôle est de garder le quatrième niveau des Enfers pour empêcher les morts de rebrousser chemin vers le monde des vivants. Il fait une apparition remarquée dans L’odyssée de Salamandre.

    L’ahuizotl en tient aussi une belle couche, avec son corps de loutre achevé par une énorme main préhensile. Comme le dobhar-chù anglais, il attrape les passants depuis sa cachette au fond de l’eau, les noie et les dévore. En cas de besoin, il peut imiter les pleurs d’un enfant, afin d’attirer un promeneur au grand cœur.


    Côté Alpes désormais, connaissez-vous le tatzelwürm ? Selon les auteurs, c’est un varan à tête de chat ou un hybride avec une figure et des pattes avant de lynx, dont les trois griffes sont pareilles à des couteaux, puis une énorme queue de serpent – il ressemble en cela au lindworm que nous avons vus fin décembre. Ses canines félines sont en vérité des crochets venimeux. Peu employé en littérature, j’ai eu le plaisir de le retrouver dans la duologie Gilden.

    Plus encore que le dahu, le zlatorog vous fera tourner chèvre si vous le poursuivez. Ce rare chamois blanc aux cornes d’or, par sa seule présence, fait s’épanouir la végétation dans les hauts sommets et l’on dit qu’il cache un trésor dans son paradis secret. Son sang fait jaillir des fleurs rouges capables de soigner tous les maux.


    Petit tour en Afrique pour évoquer le mngwa, un cryptide félin légèrement plus gros qu’un vieux lion, mais avec une dégaine correspondant plutôt à un léopard. Il est gris, avec des rayures noires, ce qui le rend difficile à distinguer – il n’attaque que de nuit. Il ne chasse pas l’homme, à moins de ne trouver aucune autre proie.

    En Afrique, il n’y a pas d’ours… officiellement. Cela dit, le folklore mentionne une créature que les colons ont baptisé ours Nandi : une stature de grizzly, le dos courbé et la démarche boiteuse d’une hyène, avec un museau allongé et un poil brun-roux. Il n’apparaît dans les villages qu’à la nouvelle lune, ou sous un ciel très couvert ; on ignore quel est son gibier ordinaire.


    En Papouasie, vous pouvez faire de bonnes ou de mauvaises rencontres. Un bruit dans les fourrés peut trahir la présence d’un gazeka, un être craintif aux pieds de porc, au corps d’ours et à la tête de tapir. Il peut marcher à deux ou quatre pattes et ses griffes, bien que redoutables, ne lui servent qu’à se défendre.

    En revanche, si c’est un ahool… En fait, il vous tombera dessus sans que vous l’entendiez, de préférence au crépuscule. C’est une sorte d’homme-singe avec des ailes parcheminées, aussi nommé ropen ; il est carnivore et il pousse parfois le cri étrange lui donnant son nom. Il est probable qu’il soit inspiré par une vraie chauve-souris, l’Hypsignatus.



    Intro : All the works of Nature which adorn the World – Vista, Nightwish

    Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    Show More Show Less
    4 mins
  • CDI Trussst in me
    Jan 3 2026

    Excellente année à tous ! A la suite du dernier épisode de 2025, sur les dragons, voici un numéro dédié à d’autres reptiles plus ou moins sympathiques de nos contes et légendes.


    Merci d’écouter La Communauté des Invisibles, une année de plus ! Mon nom est Joffrey Lebourg, podcasteur (à l'origine d'une série sur les mythologies du monde, Le Cercle des Dieux Disparus) et romancier aux quatre sagas. Je vous invite à découvrir mes univers sur les sites www.les-sept-reliques.fr (pour tous les amateurs de quête épique à la recherche d’un renouveau du genre) ou www.chroniquesdunouveaumonde.fr (si votre fibre vous entraîne davantage vers une odyssée culturelle autour de la Terre, à la rencontre de ses peuples oubliés).


    Chez les peuplades préhistoriques du monde entier, le serpent était une émanation de la puissance positive de la terre face aux caprices du ciel. Ou bien l’incarnation des rivières qui, sinueuses et miroitantes, leur ressemblent. D’autres en revanche associent à la forme onduleuse des serpents les éclairs, les rayons du jour ou encore les comètes.

    Voir l’épisode 13 pour nâga, lamia, anguipède… Je laisse aussi de côté les créatures qui sont uniques dans la mythologie (Ouroborus, Méduse la Gorgone...) Évoquons plutôt l’amphisbène, qui vivrait au Proche-Orient selon les bestiaires antiques : un serpent avec une tête à chaque extrémité et deux pattes avant, dont il se sert peu. Il est très venimeux mais uniquement pour se défendre, car il ne chasse que des insectes et des lézards. Selon les récits, il peut être charognard, avoir des ailes ou des oreilles et bien d’autres propriétés farfelues ; sa chair était aussi un remède supposé à bien des maux.

    Le serpent à deux têtes est une figure répandue également en Amérique latine mais si l’amphisbène doit avoir un cousin, c’est plutôt l’amaru andin, bien plus massif. Sa tête avant est celle d’un condor, comme ses pattes, tandis que la tête arrière appartient à un puma, et le corps à un serpent : ce sont les animaux emblématiques des trois royaumes (les dieux, les morts et les humains) et, puisqu’il les réunit en un seul être, il aurait la faculté d’ouvrir des portes entre ces mondes.

    Proche de l’amphiptère vu la semaine dernière, mais probablement un être différent, le peuchen est un serpent à plumes des Andes dont le regard est hypnotique. Quand sa proie est sans défense, il la perce avec ses trois dents et lui pompe tout son sang. Les Slaves ont aussi leur serpent ailé, le balaur, à qui l’on donne parfois plusieurs têtes ou des pattes – comme le lindworm. Il sert de monture à certains démons et kidnappe les jeunes filles.

    Le fatak arabe est un serpent composé uniquement de flammes, autour d’un noyau de pierre, qui vit profondément sous terre.


    Arrive le quatuor gagnant, décrit par Pline l’Ancien et rattaché aux Quatre Éléments. D’abord l’aspic, nom qui sera généralisé aux vipères, dont la morsure de Feu dessèche sa victime et la fait mourir de soif. Le prialis, lui, endort sa victime grâce à un poison soporifique. Comme il émane de l’Eau, il meurt s’il est mordu par un aspic, et inversement. L’hæmorrhoïs, de la Terre, dispose d’un puissant venin anticoagulant : ses proies se vident de tout leur sang sans que rien puisse cicatriser la plaie. Enfin, le præster aux dents creuses, par lesquelles il injecte de l’air dans les vaisseaux de sa victime. Selon les versions, une simple bulle qui va boucher les artères et provoquer une hémorragie ; ou au contraire, assez de volume pour que sa proie gonfle jusqu’à l’explosion. J’utilise cette étrange famille dès mes Chroniques des Gardiens.


    Reste l’épineuse question du basilic. La version traditionnelle est un reptile, probablement un serpent, tandis que le Moyen-Âge en fait un hybride de coq. On lui donne toutes les tailles, un regard mortel ou pétrifiant, une odeur atroce, du venin par la morsure ou par la peau… Chacun le compose à sa sauce, surtout dans les œuvres contemporaines !


    Intro : All the works of Nature which adorn the World – Vista, Nightwish

    Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    Show More Show Less
    4 mins
  • CDI Régions & Dragons
    Dec 27 2025

    En ce dernier épisode de l’année, offrons-nous un petit tour du monde pour une rencontre qui, selon les latitudes, est plus ou moins heureuse : le dragon. Il découle des nombreuses représentations préhistoriques de serpents et a pu être inspiré par la fréquentation d’autres reptiles ou la découverte d’ossements de dinosaures.


    Mon nom est Joffrey Lebourg, enseignant, auteur du podcast Le Cercle des Dieux Disparus (sur les mythes du monde) et romancier aux seize ouvrages en quatre sagas. Je vous invite à découvrir mes univers sur les sites www.les-sept-reliques.fr (pour les amateurs de quête épique cherchant un renouveau du genre) ou www.chroniquesdunouveaumonde.fr (odyssée culturelle autour de la Terre, à la rencontre de ses peuples oubliés).


    La version européenne n’est pas de bonne compagnie… Longtemps, le terme grec drakôn (signifiant « qui a un regard perçant ») a désigné plutôt un serpent géant, force chtonienne gardant un lieu ou un trésor, passablement malveillante. Sa réputation a empiré avec le christianisme qui l’a associé aux démons, comme toute créature écailleuse.

    On l’a pourvu d’ailes, d’un souffle de feu et parfois de venin, d’une grande longévité, d’une habitude à occuper des grottes où il entasse un fabuleux trésor, d’un appétit pour la chair humaine et de divers pouvoirs magiques, qu’il ne sait pas toujours utiliser mais que l’on retrouve alors dans sa chair et son sang. Beowulf est probablement la première œuvre à donner cette définition du dragon. Je m’attache autant que possible à respecter le mythe originel.


    En Asie, cependant, les lóngs ont un profil très différent. Un corps gracieux, quatre pattes puissantes, mais pas d’ailes et une sorte de crinière, d’élégantes moustaches ou des cornes de cervidé, une perle incrustée dans le menton. Ils sont l’incarnation des forces de la Nature, principalement des protecteurs tant qu’on ne leur manque pas de respect. Chaque pays leur donne des spécificités, physiques ou symboliques. J’aime beaucoup cet animal et il joue un grand rôle dans les Chroniques du Nouveau-Monde !

    On peut établir une parenté, cette fois, avec le mušhuššu – qui donne son nom à un personnage de Disney : une sorte de dragon mésopotamien à l’allure féline, avec des antérieurs de lion et des pattes arrière de rapace, pourvu de cornes d’antilope. Emblème de plusieurs dieux, c’est un protecteur connu surtout par sa représentation sur la Porte d’Ishtar.


    Le serpent à plumes cher aux Mésoaméricains, ou « amphiptère », serait aussi une forme de dragon. Au-delà de ça, nombre de dieux aztèques ont un corps reptilien, les mues incarnant la renaissance et donc l’immortalité.

    Certains experts veulent en outre les apparenter à l’hydre, monstre grec avec trois, sept, neuf, quinze têtes… Logique : elles ont la manie de repousser si on les tranche, jusqu’à finir en sac de nœuds (dans les travaux d’Hercule, c’était probablement une personnification des multiples canaux du marais de Lerne).


    Dans la famille, nous trouvons également la vouivre (ou guivre), animal bipède et ailé possédant un joyau serti dans le front : l’escarboucle. Dans certains mythes, cela remplace ses yeux ; on dit aussi qu’elle peut se métamorphoser en belle femme pour aller nager, et c’est le seul moment où elle la retire. En langues germaniques, on l’appelle wyrm, une torsion de « ver ». En dépit de la ressemblance lexicale, la wyverne anglaise serait un être bien différent – en tout cas, elle l’est dans la fantasy moderne, mais les sources médiévales sont très confuses.

    Toujours en teuton, le lindworm est un serpent avec deux pattes avant mais pas d’ailes, plutôt nécrophage et pas trop dangereux, bien que répugnant. Je vous incite à parcourir le Conte du Prince lindworm, le seul à lui donner un vrai rôle symbolique.

    Le folklore anglais désigne par « knucker » une sorte de petit dragon rampant, alors que l’étymologie du mot le rapproche en fait des nixes germaniques, des génies des eaux.


    Intro : All the works of Nature which adorn the World – Vista, Nightwish

    Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    Show More Show Less
    4 mins
  • CDI La ferme des merveilles
    Dec 20 2025

    Ho ? Ho… Ho ! Alors que Noël approche, je vais vous prouver que les rennes volants sont les moins étranges de nos animaux domestiques (même une légère extinction de voix).


    Mon nom est Joffrey Lebourg, journaliste, podcasteur (j’ai également une série sur les mythologies du monde, Le Cercle des Dieux Disparus) et romancier aux quatre sagas.

    Je vous invite à découvrir mes univers sur les sites www.les-sept-reliques.fr (pour les amateurs de quête épique à la recherche d’un renouveau) ou www.chroniquesdunouveaumonde.fr (si votre fibre vous entraîne davantage vers une odyssée culturelle autour de la Terre, à la rencontre de ses peuples oubliés).


    Au rayon bovin, admirez le catoblépas. Un buffle noir et famélique, au souffle toxique, dont le regard foudroie ceux qui le croise ; par chance, sa tête est si lourde qu’il la garde tout le temps baissée et sa crinière lui tombe devant les yeux. C’est l’un des rares « monstres » à être herbivore… sauf les nuits de pleines lunes !

    Après ce buffle africain, son cousin des marais asiatiques possède deux variantes. Le khting-voar mange à la fois de l’herbe et des serpents ; ses bouses et ses cornes peuvent être consacrées en talismans antipoison – il joue un rôle notable dans mes Chroniques du Nouveau-Monde. Le bonnacon, lui, a des cornes tournées… vers l’arrière. Impossible donc de se défendre ; il préfère fuir, en libérant par l’arrière-train des nuages de gaz nauséabond et corrosif. Pire que n’importe quel putois !

    En Chine rode aussi le nianshou, taureau à tête de lion qui sort de ses montagnes lors du solstice d’hiver pour dévorer des villageois, mais qui fuit devant la couleur rouge, les lumières vives et les bruits forts. Terminons par une horreur bien de chez nous : le bakhauv ouest-allemand. Sa tête, sa croupe et son échine l’identifient comme un bœuf, alors que son corps est allongé et écailleux comme un lézard. Son régime alimentaire est plutôt original : il ne mange que les ivrognes !

    Dans la basse-cour, vous trouverez le basan, une sorte de cousin presque inoffensif du basilic. Ce cryptide japonais se présente comme un grand coq dont les ailes font un bruit étrange, qui certes crache des flammes spectrales, mais uniquement pour se défendre.

    Je me méfie davantage de l’aitvaras, un coq noir à queue de feu des Pays baltes, qui pond – oui oui ! – tous les neuf ans et se change en charbon à sa mort. Quand il s’installe dans une maison, il refuse d’en partir, sauf pour aller voler de temps à l’autre l’argent des maisons voisines… On les aperçoit tous deux dans les Sept Reliques, volume 2 !


    Les mythes amérindiens font état du jackalope, le grand lièvre à cornes de cerf capable d’imiter les voix humaines par plaisir de faire tourner les voyageurs en bourrique. Ses pattes portent bonheur… mais ont dit ça aussi des simples lapins !

    Toujours dans le clapier, le wolpertinger – ou rasselbock, ou skvader – est un lièvre à bois de chevreuil et à dents de sabre, avec des ailes vestigiales sur les flancs. Celui-ci est un prédateur mal intentionné, mais pas assez gros pour nuire aux humains.

    Très rarement mentionné, l’almiraj est un lièvre persan au poil doré et pourvu d’une corne de licorne noire. Il n’est pas réputé dangereux et pourtant, tous les autres animaux fuient en l’apercevant ! L’homme, lui, n’a pas cette sagesse…

    Le lapin lunaire, ou lièvre de jade en Asie, est un mythe très répandu autour du monde à cause des marques sombres à la surface de la Lune, ressemblant très vaguement à un lapin. L’animal est décrit comme argenté, sauf le cou et le bout des oreilles qui sont vert sombre ; c’est un symbole de purification et d’abondance.

    Enfin, le caerbannog. Vous l’aurez peut-être aperçu dans Sacré Graal ! des Monthy Python : il est mentionné dans une geste médiévale comme un terrible lapin, aux dents similaires à un fer de hache et capable de bonds spectaculaires, qui vous tranche un membre ou la gorge puis vous laisse agoniser avant de vous dévorer...


    Intro : All the works of Nature which adorn the World – Vista, Nightwish

    Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    Show More Show Less
    4 mins
  • CDI God save roastbeef !
    Dec 13 2025

    Pour cette chronique, vous goûterez la formule deux-en-un : deux thématiques trop courtes pour faire chacune l’objet d’un épisode.


    Mon nom est Joffrey Lebourg, enseignant, journaliste, podcasteur (j’ai également enregistré une série sur les mythologies du monde, Le Cercle des Dieux Disparus) et romancier aux seize ouvrages en quatre sagas. Je vous invite à découvrir mes univers sur les sites www.les-sept-reliques.fr (pour tous les amateurs de quête épique à la recherche d’un renouveau du genre) ou www.chroniquesdunouveaumonde.fr (si votre fibre vous entraîne davantage vers une odyssée culturelle autour de la Terre, à la rencontre de ses peuples oubliés).


    Nous avons déjà évoqué bien des créatures britanniques, mais il en reste à découvrir ! Par exemple, le dobhar-chú, qui tient autant du chien que de la loutre, de la taille d’un crocodile. Il possède une peau noire et visqueuse, sans poils, de puissants crocs et de longues griffes : il happe les promeneurs depuis les étangs où il se tapit. Son cousin l’onchú, plus petit, a l’allure d’un chien sauvage et compense son manque de force par un redoutable poison.

    Dans la même veine, le làbh-allan résidant dans les rivières des Highlands s’apparente à un gros rat répugnant, à la morsure très toxique. Cependant, en faisant tremper sa peau dans de l’eau, le breuvage peut alors purger tous les venins.

    Et ce n’est pas du luxe ! Passons à l’inoubliable llamhigyn-y-Dwr, nom très gallois, grenouille sans pattes de trois mètres qui vit dans les mares profondes. Elle bondit, plane avec ses ailes de chiroptère et pique avec le dard au bout de sa queue de raie. Elle aime tant le poisson qu’il lui arrive de gober les pêcheurs en même temps que leurs prises…

    Les lacs sont très mal fréquentés, en Grande-Bretagne, comme en témoigne l’addanc. Une sorte de castor géant et malfaisant au corps allongé et aplati, évoquant vaguement un alligator, avec des crocs énormes et des pattes palmées, capable de projeter des dards vénéneux.

    Localement, le ver de Lambton offre une excellente quête aux chevaliers audacieux. Cet affreux annélide grandit d’un mètre chaque année. Ses neuf paires de branchies libèrent un fluide puant et, même sans cela, son corps sécrète un mucus qui tue la végétation autour de lui. De plus, le souffle jaillit de sa bouche ornée de centaines de dents disposées en cercles concentriques est très toxique – vous l’aviez deviné, n’est-ce pas ?


    En transition, souvenons du barghest et du cù-Sí, les chiens infernaux d’Angleterre. Le reste du monde a aussi son bestiaire canin. Je pense surtout au chupacabra, littéralement “suceur de chèvre” des plaines du Mexique. En effet, ce dogue galeux aux ailes de chauve-souris possède sur la mâchoire inférieure une longue dent conique, avec laquelle il perce la gorge du bétail pour en boire le sang ! À ne pas confondre avec le cadejo de la fois dernière !

    Le plus célèbre chien de Grèce a une sale tête... non : il en a même trois ! Et cet être unique qu’est Cerbère, gardien de l’une des portes vers l’au-delà, a donné toute une race de créatures de moindre acabit dans la fantasy moderne – comme Pégase et le Minotaure, dont nous avons déjà parlé. Et je ne suis pas le dernier à employer des minotaures ou des pégases, notamment dans Les Sept Reliques.

    C’est la même mécanique avec le loup scandinave Fenrir et ses hypothétiques descendants, les fenris. Ou avec d’autres animaux : le serpent marin Léviathan, l’aigle Ziz à pieds de lion et le Béhémoth gros comme une colline, mélangeant hippopotame et rhinocéros ou éléphant, qui viennent du mythe juif ; ou l’atroce Cipactli d’Amérique centrale : un alligator avec des pattes de crapaud, une queue de poisson et surtout des bouches secondaires aux épaules, aux hanches et aux genoux… Tous des êtres uniques et gigantesques, convertis aujourd’hui en une espèce à part entière pour les besoins des auteurs.


    Intro : All the works of Nature which adorn the World – Vista, Nightwish

    Hébergé par Acast. Visitez acast.com/privacy pour plus d'informations.

    Show More Show Less
    4 mins