Comment entend-on ? Derrière cette question simple en apparence se cache une réalité complexe où l’oreille et le cerveau travaillent de concert. Dans cet épisode, Yann Lemaire, audiologiste et post-doctorant CNRS en neurosciences cognitives, nous plonge au cœur des mécanismes de l’audition et de son apprentissage, notamment chez les enfants né·es avec une surdité sévère à profonde, équipé·es d’un implant cochléaire.
La playlist de Yann Lemaire, audiologiste et post-doctorant CNRS en neurosciences cognitives :
- « Stigma », Split the atom, Noisia, 2010
- « Robot rock », Human after all, Daft Punk, 2005
- « Born this way », Born this way, Lady Gaga, 2011
« Les sons, c’est comme les couleurs, on en a toutes et tous une perception différente. » À partir de cette idée, le docteur en neurosciences cognitives explore les multiples façons d’entendre – ou plutôt d’apprendre à entendre. Percevoir un son ne signifie pas automatiquement le comprendre : notre cerveau interprète, transforme et associe en permanence les signaux auditifs pour leur donner du sens.
L’implant cochléaire, dispositif auditif pouvant être posé dès l'âge d'un an, ouvre un accès aux sons pour les personnes atteintes d’une surdité très importante. Cet accès est loin d’être immédiat et naturel : il implique un véritable apprentissage. Les sons perçus sont parfois déformés, appauvris en fréquences (pas dans le sens de "rythme", mais de "hauteur tonale" grave, médium ou aigüe), et c’est le cerveau qui établit progressivement des correspondances entre ces signaux et leur signification.
Un travail de longue haleine issu d’un choix de vie. L’implant cochléaire n’est ni systématique ni obligatoire : c’est un choix médical, familial et parfois culturel, qui dépend des situations, des parcours de chaque enfant et qui n’est pas forcément envisageable en fonction de la cause de la surdité et de l’état de santé général.
Durant sa thèse, Yann a suivi des enfants de 3 à 8 ans, normo-entendant·es (non atteint·es de surdité) et implanté·es cochléaires, pour comprendre comment se construit cette capacité à entendre. Entre adaptation, diversité des parcours et efforts cognitifs accrus, il met en lumière des trajectoires très variées.
Ce podcast est aussi une invitation à mieux comprendre la surdité, à découvrir la richesse de la culture sourde et à questionner notre propre manière d’écouter le monde.
La cognition désigne « les processus mentaux par lesquels des connaissances sont acquises, traitées, stockées et ensuite mobilisées ». Selon l'American Psychological Institute, il s'agit de « toutes formes de conscience et de traitement par lesquelles la connaissance est accumulée, telles que percevoir, reconnaître, concevoir et raisonner ». Autrement dit, la cognition est ce qui nous permet de comprendre le monde, de repérer un visage, de mémoriser une information, de résoudre un problème ou de planifier une action.
Yann Lemaire est audiologiste et post-doctorant CNRS en neurosciences cognitives, au sein du Centre de recherche cerveau et cognition - CerCo (CNRS, Université de Toulouse). Sa thèse, qu’il a aussi réalisé au CerCo, s'intitule « Restauration des fonctions auditives et cognitives chez les enfants sourds implantés cochléaires ».
Playlist de chercheur·e est une série de podcasts Exploreur - Communauté d'universités et établissements de Toulouse. Journaliste : Eva Bouloux. Rédaction : Eva Bouloux. Conception, coordination et suivi éditorial : Clara Mauler et Eva Bouloux. Coproduction et réalisation avec Campus FM : Manon Aubin, François Berchenko et Thomas Delafosse.