Ils sont l'une des figures montantes de la nouvelle scène jazz française : le quintet Aâma sera en concert ce soir au festival Jazz à Vienne, dans le sud-est de la France. Un groupe né de la rencontre entre la chanteuse française Emma Prat et le guitariste tchadien Bertrand Maïlar. Peu à peu leurs univers musicaux se sont entremêlés et de leur amitié est née cette formation avec Julien Girard au piano, Sami Fukani Deschamps à la contrebasse et Xavier Pernet à la batterie et aux percussions.
En arabe, Aâma signifie global, universel. Le groupe transmet une musique de partage métissée, qui chante la diversité, met en commun leurs vécus et dilue entre elles leurs influences respectives, à commencer par celles venues du Tchad natal du guitariste Bertrand Maïlar.
Il raconte : « Déjà dans la manière d’aborder la musique au Tchad… Le chant est partout. On chante dans les moments de joie, de tristesse, quand il y a des naissances, quand il y a des deuils. Et dans ma pratique de la musique aujourd’hui, j'essaye d'avoir ce rapport très honnête et très spontané avec la musique, de chanter, de jouer, de composer ce que je ressens. Musicalement, j’écoute beaucoup de rythmes venus de là-bas, le gourna, le saï, le yondo… Ils sont ancrés en moi et j'essaye de les sortir d'une certaine manière dans ma musique. »
Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO, le gourna est donc un rythme de danse, tout comme le saï, cette danse de réjouissance populaire portée par les percussions. Le yondo est quant à lui un rythme initiatique assez technique basé sur un groove de quintolets, réservé traditionnellement aux grandes cérémonies.
Traditions méditerranéennes et langues inventées Aâma puise dans les percussions traditionnelles tchadiennes, comme le karkabou ou encore la calebasse, qu'ils utilisent parfois dans l'eau. Les musiques méditerranéennes et notamment venues de Tunisie, où a vécu Bertrand Maïlar, laissent aussi leur empreinte sur Aâma avec le stambeli, cette pratique musicale rituelle de transe et de guérison, cousine de la musique gnaoua du Maroc ou du diwan algérien.
Quant à la voix du groupe, Emma Prat, elle navigue entre des inspirations bulgares, grecques, turques... Elle place sa voix différemment en fonction des traditions vocales qu'elle explore. Elle joue avec les ornements, avec les variations de fins de phrases, avec les sonorités d'une quinzaine de langues qu'elle ne parle pas forcément.
Et petite particularité, elle chante aussi parfois dans une langue imaginaire : « Ce n’est pas une langue avec une grammaire, ce sont des langues inventées sur le moment. Parfois j'écris le son que je veux sur telle note, sur telle montée, sur telle descente, et je le fixe un petit peu dans ma mémoire, dans mon corps, pour le chanter après. Et je dirais que ça s'apparente plus au scat, sauf que le scat est quand même assez codifié, avec des onomatopées bien particulières. Là, c'est juste que j'invente. » sourit-t-elle.
Les références derrière l'apparente simplicité L’un des morceaux de leur album Le jour où tout ira bien, « L'oranger », a été pensé à partir de l'un des plus anciens modes algériens, le Zidane, à l'atmosphère envoûtante typique des musiques orientales. Car avec Aâma, derrière chaque mélodie d'une apparente simplicité, les références musicales sont nombreuses.
Le guitariste Bertrand Maïlar raconte leur morceau intitulé « Le jour où tout ira bien » : « C'est un morceau que j'avais composé et qui musicalement s'inspire d'un rythme qui s'appelle le zarafat, une figure rythmique utilisée dans les muwashah, un genre musical arabo-andalou. Ce morceau-là est assez important pour moi et pour le groupe, parce qu’il traduit une forme d'espoir. Il y a des moments où la vie est un peu difficile, où le monde ne nous donne pas beaucoup d'espoir. Mais avec Aâma on croit beaucoup à ce truc-là, d'espérer. Parce que sinon c'est dur de tenir, c'est dur de continuer à se battre. Et ce morceau-là parle de ça. »
Le quintet de jazz Aâma sera en concert ce soir 29 juin 2026 au festival Jazz à Vienne.