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L’Asie en mouvement

L’Asie en mouvement

By: RFI
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Tous les vendredis, Joris Zylberman analyse le fait marquant de la semaine écoulée en Asie, de l’Australie à l’Afghanistan en passant par la Chine. Cette chronique dévoile ce qui se joue derrière l’actualité, en se plongeant dans l’univers asiatique.

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  • Chine: ce que «l'accident» d'avion à Pékin dit du pays de Xi Jinping
    Jul 3 2026
    C'est un accident qui n'est pas censé arrivé en plein de coeur de Pékin. Un avion de tourisme s'est écrasé sur le plus haut gratte-ciel de la capitale. Une brèche de sécurité inédite dans un État qui veut tout contrôler. Des actes de violence suicidaire, la Chine en connaît périodiquement, y compris dans sa capitale sous haute surveillance : de l'attaque à la voiture-bélier sur la place Tiananmen en 2013 au bulldozer lancé sur un marché bondé de Pékin fin mars dernier. Mais un avion qui s'écrase sur une tour, c'est inédit. L'accident date du vendredi 26 juin, mais les circonstances et une partie des détails sur le pilote ont été révélées ces tout derniers jours. C'est un homme de 66 ans dénommé Liu qui a précipité peu avant 18h heures locales son petit avion de tourisme contre une fenêtre de la Tour CITIC, du nom d'un énorme conglomérat étatique, en plein cœur du quartier d'affaires de la capitale. Soir le plus haut gratte-ciel de Pékin - 528 mètres -, le 7e plus grand de Chine. L'avion a percuté le 83e étage à quelque 400 mètres de hauteur. Ce jeudi, les autorités ont donné leur version des faits : l'homme était suicidaire, en témoigne son journal intime. L'accident fut néanmoins très angoissant pour les Pékinois dans l'immeuble et autour : des photos d'évacuation dans les escaliers ont circulé. Dans l'imaginaire de tous, un avion qui s'écrase sur un gratte-ciel, c'est la peur du 11 septembre à New York. Heureusement, rien de comparable à Pékin. Pas moins de 13 blessés tout de même en plus du pilote décédé et des images, rapidement censurées, de flammes au pied de la tour et du train arrière de l'avion de tourisme. Mauvais timing Cette censure immédiate s'explique d'abord par un mauvais timing politique. L'accident n'arrive pas au bon moment pour le gouvernement chinois. Quelque jours plus tard, mercredi 1er juillet, le Parti communiste chinois marquait le 105e anniversaire de sa fondation. Le même jour, une nouvelle sur l'unité ethnique entrait en vigueur. Une loi très critiquée qui appelle à forger une « identité nationale partagée ». Concrètement, elle amplifie l'assimilation forcée des minorités - le mandarin est imposé à tous - et donne un cadre juridique à la répression des dissidents à l'étranger. Pour l'anniversaire du Parti, Xi Jinping a prononcé un discours très évocateur : il a appelé à l'adaptation du PCC mais surtout, à la discipline dans l'armée et à « mener résolument la bataille décisive, de longue haleine et globale contre la corruption ». Autant de mots d'ordre qui résonnent avec sa « lutte anti-corruption », une campagne de purges sans fin lancée en 2013 par le numéro un chinois, en particulier chez les militaires ces derniers temps. Cocktail explosif Or, la question de la corruption au sein de l'armée chinoise se télescope avec l'accident d'avion de la tour de Pékin. Car ce sont des divisions militaires qui sont chargées de la surveillance de 70% du ciel de la capitale, et du quartier d'affaires en l'occurrence. Des têtes pourraient tomber. La question agite les esprits : pourquoi l'avion de tourisme n'a-t-il pas été arrêté avant de percuter la tour CITIC ? Les experts nuancent : à Pékin comme à Washington, il est difficile d'envoyer un avion de chasse détruire en plein vol un petit appareil au-dessus de la ville. Cela provoquerait des débris, des blessés et un mouvement de panique disproportionnée. Par ailleurs, cet avion de tourisme a d'abord fait cinq fois le tour de l'espace au-dessus d'un des aéroports de Pékin, avait de disparaître des radars pour se diriger vers la tour CITIC. La supervision du ciel n'est pas prévue dans ce cas. Problème : la tour percutée était juste à côté de la zone interdite au survol parce qu'elle comprend les bâtiments clés du pouvoir central, dont Zhongnanhai, la résidence des plus hauts dirigeants du Parti et donc de Xi Jinping. Ce genre d'avion privé renvoie enfin à la question du privilège des élites qui ont les moyens de le piloter et souvent des laissez-passer officieux de la part d'une armée dont la corruption est une maladie bien réelle. Brèche dans la sécurité du ciel, image désastreuse d'inégalité sociale au moment d'une loi sur l'unité de la nation... Un cocktail explosif pour Xi Jinping, à faire disparaître de toute urgence.
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  • Quels gains pour le Pakistan, médiateur entre l'Iran et les États-Unis?
    Jun 26 2026

    Le Pakistan et son puissant chef de l'armée, le maréchal Asim Munir, restent au centre du jeu diplomatique dans le conflit entre Washington et Téhéran. Un rôle de médiateur qu'il a obtenu de manière inattendue et qu'il espère fructueux.

    Le paradoxe continue après plus de trois mois de conflit au Moyen-Orient. Voici le Pakistan, un pays déchiré par les divisions, notamment dans les zones tribales à l'ouest et au Balouchistan sur la côte, un pays en guerre avec son voisin, l'Afghanistan. Ce même pays a signé un accord pour mettre fin à un conflit impliquant la superpuissance américaine et l'Iran, un autre voisin avec lequel il a rarement entretenu de bonnes relations.

    Islamabad a pourtant su gagner la confiance de Téhéran en condamnant l'attaque américano-israélienne sur l'Iran, en condamnant l'assassinat du Guide suprême Ali Khamenei ainsi que la frappe sur une école iranienne. Mais le Pakistan a aussi gagné les faveurs de Washington en condamnant les attaques iraniennes contre ses voisins du Golfe et en demandant la réouverture du détroit d'Ormuz, où transitent 80 % des importations pakistanaises de pétrole brut.

    À lire aussiComment le Pakistan a su tirer avantage de son rôle de médiateur entre les États-Unis et l'Iran

    Plaisanterie de JD Vance

    Plus que des faveurs, on peut même dire que les dirigeants américains adorent le chef de l'armée pakistanaise. Publiquement, en tout cas. Donald Trump avait d'abord dit tout le bien qu'il pensait de son « maréchal préféré ». Puis, il y a quelques jours, lors des négociations en Suisse, son vice-président JD Vance s'est même permis une plaisanterie devenue virale sur les réseaux sociaux – et qui en dit long : « J'ai deux personnes très, très importantes dans ma vie… L'une est indienne et l'autre est pakistanaise. L'Indienne est ma femme et le Pakistanais est le maréchal Munir. » Au-delà de la blague, le chef de l'armée pakistanaise est sérieusement complimenté par JD Vance pour avoir rapproché les belligérants alors que le processus de négociations était en train de dérailler.

    Certains analystes vont même jusqu'à soutenir que ce rôle de médiateur est extrêmement confortable pour le Pakistan. Il se trouve dans les petits papiers de la Maison Blanche, et il fait de l'ombre à l'Inde, qui a cherché en vain à l'isoler sur la scène diplomatique mondiale. Pourtant, le gouvernement d'Islamabad affirme attendre la signature d'un véritable accord de paix irano-américain comme une victoire diplomatique majeure.

    Manne d'investissement espérée

    D'autant que le Pakistan en attend des bénéfices économiques sonnants et trébuchants. Or, selon les experts, la médiation d'Islamabad pourrait ne générer que des gains économiques limités : essentiellement une réduction de ses coûts d'importations d'énergie grâce à la réouverture du détroit d'Ormuz, à quoi s'ajouterait une éventuelle relance du projet de gazoduc avec l'Iran. Islamabad espère aussi et surtout une manne d'investissement américain et occidental. Mais les bonnes paroles des diplomates ne garantissent jamais des contrats d'investissement en bonne et due forme. Le gouvernement pakistanais espère enfin à l'avenir une place durablement reconnue sur la scène des puissances régionales au Moyen-Orient.

    Mais il faut voir aussi à qui profite cette médiation au Pakistan. Aux militaires, bien sûr, avec le maréchal Asim Munir, toujours lui, qui est le dirigeant de fait d'un État dominé par l'armée depuis 30 ans. Mais le pays ne retrouvera la paix et la prospérité que s'il partage les dividendes éventuels de sa grande opération diplomatique avec son peuple et ses minorités.

    À lire aussiNégociations États-Unis-Iran: «Le Pakistan, un médiateur improbable, intéressé, mais efficace»

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  • Birmanie: la Chine, grande gagnante de la guerre civile?
    Jun 19 2026
    Cette semaine, après un voyage en Inde, c'était la première visite en Chine de Min Aung Hlaing, le chef de la junte birmane, en sa nouvelle qualité de président, après des élections contestées dans un pays toujours déchiré par la guerre civile. Il a été reçu en grande pompe par Xi Jinping, qui lui a accordé son plein soutien. Le président chinois a utilisé une expression emblématique pour accueillir et soutenir son homologue birman Min Aung Hlaing. « Nos peuples, insiste Xi Jinping, unis par une même source d'amitié, partagent une profonde affection. Cette image illustre parfaitement l'amitié fraternelle qui unit la Chine et la Birmanie. » Cela sonne très conventionnel, certes, mais « l'amitié fraternelle », qui se dit « baobo » en mandarin et « pauk-phaw » en birman, c'est le concept qui définit les relations sino-birmanes depuis 1950. Pour les Birmans, le terme désigne la relation asymétrique avec le grand frère chinois. Pour Pékin, le sens a fluctué. Au XXe siècle, c'était essentiellement la lutte de deux pays frères contre l'impérialisme. Aujourd'hui, c'est un concept beaucoup plus madré dans la bouche de Xi Jinping : diplomatie amicale du bon voisin, sauvegarde de la souveraineté – le président chinois l'a redit cette semaine au dirigeant birman – et surtout intérêts mutuels bien compris. « Dilemme de Malacca » Encore de la langue de bois ? Pas du tout. Pour la Chine, la Birmanie représente un intérêt vital. C'est l'une des voies pour contourner le détroit de Malacca, un point de passage maritime crucial, un euphémisme. Car Pékin en dépend pour le transit de 80% de ses importations de pétrole et pour l'exportation de ses produits manufacturés. Or, les pays qui contrôlent le détroit de Malacca, Singapour, la Malaisie et l'Indonésie, sont tous proches des États-Unis. Pour la Chine, c'est, selon le mot de son ancien président Hu Jintao, le « dilemme de Malacca » : Pékin a peur que les Américains ferment le détroit grâce à leurs alliances et à leurs bases militaires en Asie du Sud-Est. Sortir de ce dilemme, c'est pratiquement la raison d'être du projet pharaonique des « Nouvelles routes de la soie », lancé en 2013 par Xi Jinping. La Chine a ainsi monté en Birmanie la construction d'un terminal d'oléoduc et de gazoduc et d'un port dans l'État Rakhine, dans l'ouest du pays. Impatience et pari La Chine attend donc du président birman qu'il protège ce projet existentiel. Et elle s'impatiente : elle a besoin de sécurité, de stabilité en Birmanie, notamment à sa frontière de plus de deux mille kilomètres avec son voisin. Frontière qui est un foyer de criminalité organisée. En cause, le trafic de drogue mais aussi les centres d'arnaque en ligne – 120 000 victimes rien qu'en Birmanie. La Chine mise sur la junte pour qu'elle en finisse avec la guerre civile, la plus longue au monde, et qu'elle instaure la paix. Tout ce dont le régime de Min Aung Hlaing s'est montré incapable. Les Chinois ont d'ailleurs manœuvré avec les groupes ethniques armés quand ça les arrangeaient. Mais Xi Jinping poursuit son pari : en accueillant cette semaine Min Aung Hlaing, il l'a adoubé officiellement. C'est Pékin qui a fait pression pour la tenue d'élections en Birmanie en début d'année. Peu importe s'il n'y a pas eu de vote dans une large partie du pays contrôlé par les rebelles, et si l'opposition a été anéantie. L'essentiel était de donner les habits neufs, plus respectables, d'un président de la République au chef de la junte putschiste de 2021, mis au ban de la communauté internationale. D'ailleurs, le numéro un chinois a laissé entendre à son homologue birman que la force militaire brute, c'était fini, et qu'il fallait maintenant miser sur un contrôle totalitaire de la Birmanie pour la pacifier, à la manière du Parti communiste chinois.
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