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Chine: ce que «l'accident» d'avion à Pékin dit du pays de Xi Jinping

Chine: ce que «l'accident» d'avion à Pékin dit du pays de Xi Jinping

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C'est un accident qui n'est pas censé arrivé en plein de coeur de Pékin. Un avion de tourisme s'est écrasé sur le plus haut gratte-ciel de la capitale. Une brèche de sécurité inédite dans un État qui veut tout contrôler. Des actes de violence suicidaire, la Chine en connaît périodiquement, y compris dans sa capitale sous haute surveillance : de l'attaque à la voiture-bélier sur la place Tiananmen en 2013 au bulldozer lancé sur un marché bondé de Pékin fin mars dernier. Mais un avion qui s'écrase sur une tour, c'est inédit. L'accident date du vendredi 26 juin, mais les circonstances et une partie des détails sur le pilote ont été révélées ces tout derniers jours. C'est un homme de 66 ans dénommé Liu qui a précipité peu avant 18h heures locales son petit avion de tourisme contre une fenêtre de la Tour CITIC, du nom d'un énorme conglomérat étatique, en plein cœur du quartier d'affaires de la capitale. Soir le plus haut gratte-ciel de Pékin - 528 mètres -, le 7e plus grand de Chine. L'avion a percuté le 83e étage à quelque 400 mètres de hauteur. Ce jeudi, les autorités ont donné leur version des faits : l'homme était suicidaire, en témoigne son journal intime. L'accident fut néanmoins très angoissant pour les Pékinois dans l'immeuble et autour : des photos d'évacuation dans les escaliers ont circulé. Dans l'imaginaire de tous, un avion qui s'écrase sur un gratte-ciel, c'est la peur du 11 septembre à New York. Heureusement, rien de comparable à Pékin. Pas moins de 13 blessés tout de même en plus du pilote décédé et des images, rapidement censurées, de flammes au pied de la tour et du train arrière de l'avion de tourisme. Mauvais timing Cette censure immédiate s'explique d'abord par un mauvais timing politique. L'accident n'arrive pas au bon moment pour le gouvernement chinois. Quelque jours plus tard, mercredi 1er juillet, le Parti communiste chinois marquait le 105e anniversaire de sa fondation. Le même jour, une nouvelle sur l'unité ethnique entrait en vigueur. Une loi très critiquée qui appelle à forger une « identité nationale partagée ». Concrètement, elle amplifie l'assimilation forcée des minorités - le mandarin est imposé à tous - et donne un cadre juridique à la répression des dissidents à l'étranger. Pour l'anniversaire du Parti, Xi Jinping a prononcé un discours très évocateur : il a appelé à l'adaptation du PCC mais surtout, à la discipline dans l'armée et à « mener résolument la bataille décisive, de longue haleine et globale contre la corruption ». Autant de mots d'ordre qui résonnent avec sa « lutte anti-corruption », une campagne de purges sans fin lancée en 2013 par le numéro un chinois, en particulier chez les militaires ces derniers temps. Cocktail explosif Or, la question de la corruption au sein de l'armée chinoise se télescope avec l'accident d'avion de la tour de Pékin. Car ce sont des divisions militaires qui sont chargées de la surveillance de 70% du ciel de la capitale, et du quartier d'affaires en l'occurrence. Des têtes pourraient tomber. La question agite les esprits : pourquoi l'avion de tourisme n'a-t-il pas été arrêté avant de percuter la tour CITIC ? Les experts nuancent : à Pékin comme à Washington, il est difficile d'envoyer un avion de chasse détruire en plein vol un petit appareil au-dessus de la ville. Cela provoquerait des débris, des blessés et un mouvement de panique disproportionnée. Par ailleurs, cet avion de tourisme a d'abord fait cinq fois le tour de l'espace au-dessus d'un des aéroports de Pékin, avait de disparaître des radars pour se diriger vers la tour CITIC. La supervision du ciel n'est pas prévue dans ce cas. Problème : la tour percutée était juste à côté de la zone interdite au survol parce qu'elle comprend les bâtiments clés du pouvoir central, dont Zhongnanhai, la résidence des plus hauts dirigeants du Parti et donc de Xi Jinping. Ce genre d'avion privé renvoie enfin à la question du privilège des élites qui ont les moyens de le piloter et souvent des laissez-passer officieux de la part d'une armée dont la corruption est une maladie bien réelle. Brèche dans la sécurité du ciel, image désastreuse d'inégalité sociale au moment d'une loi sur l'unité de la nation... Un cocktail explosif pour Xi Jinping, à faire disparaître de toute urgence.
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