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Idées

Idées

By: RFI
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La parole à ceux qui pensent le monde. Chaque dimanche, Idées prend le temps d’écouter celles et ceux qui décryptent le monde contemporain. Lors d’un entretien de près d’une heure, mené par Pierre-Édouard Deldique, ces «témoins du siècle», intellectuels francophones, auteurs d’essais pour la plupart, livrent leurs pensées. Une exigence : la clarté, afin de répondre à la curiosité des auditeurs de RFI. Ceux-ci sont d’ailleurs invités à réagir à leurs propos et à dialoguer avec eux. Réalisation : Vanessa Rovensky. *** Diffusions le dimanche à 19h10 TU vers toutes cibles.

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  • «L’écrasement de Gaza n’a pas été vu en face» selon Anne-Lorraine Bujon
    Jun 28 2026
    Comme chaque mois, le magazine Idées s’intéresse à la revue Esprit, partenaire de l’émission. En juin 2026, la publication de haut niveau consacre son dossier à la Palestine avec ce titre : « Un avenir à reconstruire ». Anne-Lorraine Bujon, sa directrice, et Joël Hubrecht, spécialiste de justice pénale internationale sont les invités de Pierre-Edouard Deldique. Le dossier d’Esprit refuse de s’en tenir au seul registre de la catastrophe : comment penser un avenir palestinien quand tout semble conspirer à l’effacement du futur ? « C’est cette sortie, difficile mais toujours possible que ce dossier voudrait éclairer, sans irénisme ni naïveté, comme une nécessité et une urgence, malgré la dégradation cauchemardesque de la situation ou, justement, à cause d’elle », lit-on dans l’introduction  Les contributions dressent un constat sévère : Gaza dévastée, la Cisjordanie fragmentée (article saisissant de Sharon Weill : « Cisjordanie : anatomie du système colonial »), l’Autorité palestinienne affaiblie, une jeunesse sans perspectives. La destruction est matérielle, institutionnelle, mais aussi temporelle: la guerre empêche de se projeter, elle confisque l’avenir. On lira notamment l’article de Jihane Sfeir sur la volonté d’effacement de la mémoire palestinienne de la part de certains en Israël. Esprit insiste sur un point central : reconstruire ne peut pas se réduire à rebâtir des infrastructures. Sans souveraineté minimale, continuité territoriale et cadre politique stable, l’aide internationale reste un pis-aller. Les précédentes tentatives de reconstruction ont échoué précisément parce qu’elles ignoraient cette dimension politique. Il en est question dans l’émission. Le dossier met en lumière ce que l’actualité occulte : les initiatives culturelles, éducatives, sociales qui maintiennent vivante une capacité d’agir. Les auteurs pointent l’impuissance — parfois la complaisance — de ce qu’il est convenu d’appeler « la communauté internationale ». L’aide humanitaire soulage mais ne transforme pas. Une véritable reconstruction suppose un changement profond de politique : passer de la gestion du conflit à une stratégie de paix durable. Encore faut-il que les militaires cèdent le pas aux diplomates. D’évidence, le dossier ne cède ni au désespoir ni à l’illusion. Il propose en somme une « éthique de la lucidité » : reconnaître l’impasse actuelle tout en refusant la résignation. Penser l’avenir palestinien, c’est articuler justice, sécurité et dignité — trois exigences trop souvent opposées. Le numéro 534 de la revue Esprit propose ainsi un dossier qui réintroduit la possibilité du futur là où dominent la sidération et l’urgence. Comme l’écrit Alaa Tartir : « la société palestinienne dispose d’atouts stratégiques et décisifs, susceptibles d’être transformés en capacité d’action politique, à condition qu’existent des institutions de gouvernance fonctionnelles, une vision claire, des mécanismes de participation et des dispositifs de responsabilité » car, une chose est sûre, la supposée Autorité palestinienne n’en est plus une aujourd’hui. Programmation musicale : Borders Behind - Adnan JoubranNahawand - SabilOn the Endless Road - YomMore Than Once - Trio Joubran Sur cette terre, un poème de Mahmoud Darwich Dit par Mahmoud Darwich/Musique : Trio Joubran Traduction : Sur cette terre (Mahmoud Darwich, 1986) Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : l’hésitation d’avril, l’odeur du pain à l’aube, les opinions d’une femme sur les hommes, les écrits d’Eschyle, le commencement de l’amour, l’herbe sur une pierre, des mères debout sur un filet de flûte et la peur qu’inspire le soulèvement aux conquérants. Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : la fin de septembre, une femme qui sort de la quarantaine, mûre de tous ses abricots, l’heure de soleil en prison, des nuages qui imitent une volée de créatures, les acclamations d’un peuple pour ceux qui montent, souriants, vers leur mort et la peur qu’inspirent les chansons aux tyrans. Sur cette terre, il y a ce qui mérite vie : Sur cette terre, se tient la maîtresse de la terre, mère des préludes et des épilogues. On l’appelait Palestine. On l’appelle désormais Palestine. Ma Dame, je mérite la vie, car tu es ma Dame.
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    52 mins
  • La philosophe Emma Carenini raconte le luxe
    Jun 21 2026

    Le luxe n’a jamais été aussi visible, tapageur. Il s’affiche sur les réseaux sociaux, s’expose dans les vitrines, il s’invite dans les séries et les clips. Mais derrière les paillettes, que raconte-t-il vraiment ?

    Dans son livre intitulé Une autre histoire du luxe (Passés composés), Emma Carenini montre que le luxe n’est pas seulement un marché : c’est une façon de dire le pouvoir, le désir, l’identité.

    « Le luxe est le moteur de l’histoire humaine », écrit-elle.

    Elle en parle avec conviction au micro de Pierre-Édouard Deldique dans ce nouveau numéro du magazine Idées.

    Emma Carenini n’est pas une spécialiste du luxe à proprement parler mais le sujet lui tient à cœur. Elle en a fait en quelque sorte la généalogie. Elle revient, par exemple, sur la querelle du luxe au XVIIIè siècle. Le luxe, chose nécessaire selon Voltaire. Le luxe, corrupteur selon Rousseau. Elle en donne quatre attributs, la perfection sensible, l’abolition des frictions (des matières), le lien avec l’artisanat et la rupture de l’espace-temps avec la surprise et le dépaysement qu’offre un bel objet.

    « Cette agrégée de philosophie a notamment publié Soleil. Mythes, histoire, sociétés (Pommier, 2022). En abordant cette fois la notion multiforme de luxe, elle s’attache à la dégager d’une épaisse gangue de préjugés, d’erreurs et d’oublis », note Roger-Pol Droit dans « Le Monde ».

    Ajoutons qu’elle dénonce aussi dans son ouvrage La vulgarité d’une richesse sans élégance.

    Dans cette conversation dans Idées, il apparaît que le luxe est pour elle, davantage synonyme de beauté mais « écrit-elle, la beauté est devenue un sujet impossible ». Il n’empêche que ses quelque 200 pages prouvent qu’elle a relevé le défi.

    Au cœur de ses chapitres, il est beaucoup question de l’ornement, de ce qui pourrait faire de l’espace public un lieu de beauté. Il en est beaucoup question dans l’émission. Elle va même plus loin en affirmant que « la République du luxe n’est ni une lubie des temps passés, ni un rêve impossible »…

    Le livre d’Emma Carenini parle au fond de désir, de rêve, de distinction. L’idéalisme n’est pas loin. Ne souhaite-t-elle pas « l’égalité dans l’excellence et la beauté » ?

    Programmation musicale :

    • Secret Jardin - Hugues Le Bars
    • Le Rat De Ville Et Le Rat Des Champs (Instrumental) - Fred Pallem Et Le Sacre Du tympan
    • Tout Suite (No. 1 for saxophone ensemble & drum in F major; 3. Mov.) - London saxophonic/Compositeur : Moondog.
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    43 mins
  • La haine vue par Aurélie Julia de la Revue des deux mondes
    Jun 14 2026

    Cette semaine, Pierre-Édouard Deldique reçoit Aurélie Julia, la directrice de La Revue des Deux Mondes, qui dans son dernier numéro en date (mai-juin) nous propose une réflexion sur les « Mécaniques de la haine ». À l’heure où la violence verbale, les antagonismes identitaires, l’intolérance dominent les débats sur les réseaux dits sociaux notamment, la publication propose une exploration à la fois philosophique, politique, historique de la haine.

    Dans son éditorial, et au cours de ce numéro d’Idées, Aurélie Julia fait un diagnostic sans détour : la haine est partout, donnant ainsi raison à Pascal qui disait que « tous les hommes se haïssent naturellement l’un l’autre ».

    Dans un monde saturé d’incertitudes, la haine offre une identité, une posture, parfois même une appartenance. La directrice de la revue n’est pas du genre à baisser les bras mais elle est réaliste aussi : « il faut beaucoup de lucidité et de courage pour bannir, en son for intérieur, cette habitude délétère d’affirmer le soi par la haine » écrit-elle.

    Au fil des pages, les articles de ce numéro abordent la haine sous plusieurs aspects.

    Catherine Van Offelen analyse Internet comme une « fabrique de la haine connectée ». Selon elle, l’utopie initiale d’un espace d’émancipation a laissé place à un environnement où l’anonymat, l’immédiateté et le mimétisme favorisent la radicalisation des affects. Le numérique n’invente pas la haine : il la déchaîne, la rend virale, la désinhibe.

    Dans un article intitulé : « Une pulsion contemporaine ? » Astrid du Lau d’Allemans, psychanalyste, interroge la dimension anthropologique de la haine. Elle montre comment la peur, l’insécurité et l’humiliation nourrissent une pulsion ancienne.

    Jean‑Dominique Merchet décrit, lui, la manière dont les États mobilisent la haine pour souder les identités, désigner des ennemis et légitimer la violence. La haine devient un outil stratégique, un levier de mobilisation collective.

    Agrégée de le lettres, Delphine Jouenne montre comment la dégradation du langage — insultes, simplifications, slogans — prépare le terrain à la violence politique. Le langage n’est pas seulement un symptôme : il est un vecteur de haine.

    On ne peut que la remercier, Aurélie Julia nous offre un florilège de citations de la philosophe Hannah Arendt. Comme celle-ci : « C’est dans le vide de la pensée que s’inscrit le mal ».

    La haine prospère lorsque la pensée se retire.

    Jacques de Saint Victor analyse la manière dont les accusations de fascisme — parfois instrumentalisées — saturent le débat public.

    Dans un article troublant, Philippe Delaroche, quant à lui, rappelle que « le nazisme a été tendance », soulignant combien la fascination collective peut précéder la catastrophe.

    On lira également la contribution très actuelle, hélas, de David Reinharc, intitulée « La cible juive » consacrée à la résurgence de l’antisémitisme.

    Programmation musicale :

    • Y'a d'la haine - Rita Mitsouko
    • LangaJ RaLaviré - Jowee Omicil
    • Direction Technopole - Baby Boom.
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    41 mins
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